07. Juli 2012 · Kommentare deaktiviert für B4p Reportage auf Mediapart, mit Fotos · Kategorien: Italien · Tags: , ,

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À Palerme, Boats4People dénonce les politiques migratoires «criminelles» en Méditerranée

06 juillet 2012 | Par Carine Fouteau

À quelques mètres du carrefour des Quattro Canti, au centre de Palerme, des ruelles aux façades majestueuses et décrépies mènent à l’église Santa Chiara, lieu historique d’accueil des migrants. C’est là, dans une vaste cour alourdie par la chaleur, que se sont donné rendez-vous, jeudi 5 juillet, des dizaines de personnes venues d’Europe et d’Afrique pour parler d’immigration.

Des corps échoués sur les côtes italiennes, des migrants retrouvés morts dans des embarcations, des parents pleurant leurs enfants disparus en mer : cette tragédie a lieu aux portes de l’Union européenne, dans la Méditerranée, l’une des mers les plus fréquentées au monde, que ce soit par des bateaux de pêche, des porte-containers, des bâtiments de guerre ou des navires de croisière. Au moins 1 500 personnes y ont perdu la vie l’année dernière, après les bouleversements politiques en Tunisie et en Libye. Au cours de la décennie, le chiffre s’élève à plusieurs dizaines de milliers, sans qu’aucun chef d’État de la rive nord s’en émeuve particulièrement.

Au carrefour central de Palerme.Au carrefour central de Palerme.

Au moment où les plaisanciers s’apprêtent à jeter les amarres pour découvrir la mer Égée ou le canal de Sicile, un groupe d’associations africaines et européennes de défense des droits des migrants, 17 organisations de 7 pays différents, vient de lancer une initiative, Boats4People, visant à alerter les opinions publiques et à interpeller les gouvernements pour que cesse l’hécatombe.

Un voilier, l’Oloferne, est parti le 1er juillet du port de Rosignano, en Italie, près de Cecina à proximité de Florence, où se sont tenues comme chaque année les rencontres antiracistes organisées par Arci, une importante association italienne engagée dans le projet aux côtés, entre autres, de Migreurop, Borderline Europe et du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux. En perspective : deux semaines de traversée, avec, à bord, des militants, des parlementaires européens, des avocats, des journalistes et des membres d’équipage.

Première escale, donc, à Palerme en Sicile, non seulement terre d’arrivée pour des milliers de ressortissants du nord, de l’ouest et de l’est de l’Afrique, mais aussi lieu de jugement de nombreux marins poursuivis au même titre que des « passeurs ».

À l'arrivée de l'Oloferne.À l’arrivée de l’Oloferne.

Le bateau a accosté à 10 heures du matin près de la Porta Felice et l’après-midi, la douzaine de personnes constituant l’équipage a été rejointe à Santa Chiara par des participants venus de Tunisie, du Maroc, d’Allemagne, de Belgique, d’Italie, de France et des Pays-Bas. Des activistes, des membres d’associations, mais pas seulement, des parents de disparus aussi et des migrants.

Originaire du Mali, Cheickna Diara a l’air un peu déboussolé en regardant les photos documentant les périls accrochées à un fil. Il a 18 ans, et est arrivé en Italie l’année dernière. « C’est par là que je suis venu, comme eux, montre-t-il. J’ai passé trois jours en mer, c’était difficile. En Libye, il y avait la guerre. J’ai quitté chez moi, Kidal, du jour au lendemain, j’y pensais depuis longtemps, et un jour, je suis parti, sans rien dire à personne. Je voulais m’en aller. Il y avait trop de problèmes là-bas. Je suis allé au Niger à Agadez et à Dirkou, j’ai traversé le désert, des personnes y sont restées. Je ne voulais pas vivre à Tripoli. Dans le bateau, on n’avait plus rien à manger, plus rien à boire, j’étais fatigué. Je voyageais seul, je suis parti seul, mais il y avait aussi des Somaliens et d’autres nationalités, beaucoup de gens. Des garde-côtes nous ont vus et nous ont amenés à Pozzallo, en Sicile. »

Il n’a pas quitté l’île. Installé non loin d’Agrigente, il est scolarisé et a obtenu un permis de séjour de trois ans. Il est venu à Palerme pour la journée, avec un ami militant italien, et l’intérêt suscité par sa situation le surprend, comme l’intrigue le projet Boats4People. Il garde le cap en énumérant ses projets : aller en France, puisqu’il en parle la langue, devenir mécanicien, ou tenir un magasin de chaussures.

« Depuis ce jour, nous avons perdu sa trace »

Sous les arcades, une femme dispose sur une table les portraits des Tunisiens disparus. C’est une des mères. Elle cherche son fils Mohamed Rawefi, qu’elle a repéré sur une vidéo d’Euronews, enfermé dans un centre de rétention en Italie, un mois après son départ. Depuis janvier 2012, elle a quitté son pays, pour faire bouger les autorités italiennes.

Une des mères tunisiennes.Une des mères tunisiennes.

« Je resterai ici jusqu’à ce que je sache ce qui s’est passé », dit-elle. « Nous voulons la vérité », ajoute un père à ses côtés. Lui veut retrouver Hossein : « Mon fils est parti le 5 mai 2011, ils sont arrivés le 8 mai. Un de ses amis a appelé pour dire qu’ils étaient en vie. Nous avons téléphoné à notre fils, ça sonnait, mais personne n’a répondu. Depuis ce jour, nous avons perdu sa trace. » Le projet de bateau, pour eux, est un prolongement de leur combat.

Alberto Biondo tient le stand des tee-shirts et des badges. Il est membre d’une communauté laïque basée à Palerme où il est médiateur culturel. Les hôpitaux de Sicile y envoient les migrants les plus exténués par le trajet en mer, ceux qui, à bout de force, sont rapatriés par hélicoptère. « Dans le sillage du fondateur de notre mission, Daniel Comboni, nos principes sont fondés sur l’accueil, l’aide et surtout l’autonomie. Des chambres sont en permanence réservées aux sans-papiers », explique-t-il. Avant de jouer dans le film Terraferma, Titti, venue d’Érythrée, a passé huit mois dans cet endroit : « Elle faisait partie des cinq survivants d’un naufrage au cours duquel 76 personnes sont décédées. Quand elle a mis pied à terre, elle était entre la vie et la mort. Elle a vécu parmi nous, elle a appris l’italien, suivi une formation et trouvé un travail auprès de personnes âgées. Elle a demandé l’asile et a obtenu le statut de réfugiée politique. Elle était en train de se trouver un logement, quand le réalisateur du film a fait des repérages et l’a choisie. Évidemment, c’était elle. » Pour Alberto Biondo, une initiative comme Boats4People est nécessaire pour « réveiller les opinions publiques européennes ».

À l'écoute des interventions des organisateurs.À l’écoute des interventions des organisateurs.

Ce n’est pas Nicanor Haon, coordinateur international du projet, qui le contredira. Afin de « contrôler les contrôleurs de l’immigration », il rappelle les outils juridiques et pratiques développés pour défendre les marins et les personnes solidaires avec les migrants en mer, « trop souvent mis en cause à l’encontre des textes internationaux organisant le secours en mer, l’assistance à personne en danger et le droit d’asile ». Il cite le cas du procès du Cap Anamur qui a duré cinq ans, de 2004 à 2009, et celui des pêcheurs tunisiens, également jugés en 2007 par le tribunal d’Agrigente pour avoir recueilli à leur bord 44 migrants dont l’embarcation allait sombrer. Deux ans plus tard, ils ont été relaxés.

« Cette violence qui s’exerce de multiples façons en Méditerranée, cette violence qui entrave les droits humains, doit s’arrêter », martèle-t-il, évoquant la plainte déposée à Paris contre l’armée française après l’errance d’un « bateau-cercueil » parti de Libye au printemps 2011.

« Nous, les Siciliens, nous sommes des émigrés »

Les États membres de l’UE doivent, estime-t-il, assumer leur responsabilité : « En durcissant leur politique migratoire, ils ferment l’accès à leur territoire par des voies légales. À moins d’avoir les bonnes connexions et l’argent, obtenir un visa est mission impossible. Les migrants contournent les dispositifs de contrôle, mais pour cela prennent plus de risques sur des routes plus dangereuses. » 

Photos et documents suspendus.Photos et documents suspendus.

La présidente d’Arci Sicile, Anna Bucca, dénonce également des politiques gouvernementales « criminelles ». Et relève la contradiction avec son propre pays. « Comment accepter que l’Italie, où la mafia agit à sa guise, punisse les migrants et ceux qui les aident à sauver leurs vies ? » s’indigne-t-elle. « Nous, les Siciliens, nous sommes des émigrés, nous avons été mal traités là où nous sommes allés. Les immigrés nous ont réveillés », dit-elle en écho à Alberto Biondo.

« On sait maintenant quelles sont leurs conditions de vie en Libye et ailleurs au nord de l’Afrique, poursuit-elle, on sait qu’ils sont abandonnés en plein désert, on sait que les femmes sont violées, on sait que les embarcations font naufrage. On ne peut plus faire comme si de rien n’était. On ne peut plus garder le silence. Les gens doivent parler, c’est comme pour la mafia, il faut dire et réagir. »

En fin de journée.En fin de journée.

Elle a préparé, ce vendredi, une « visite » au centre de rétention de Trapani, à l’ouest de Palerme. Le lendemain, elle montera à bord de l‘Oloferne qui la mènera à Monastir, en Tunisie, où se tiennent les journées de préparation du prochain Forum social mondial. Le bateau devrait ensuite prendre la direction de Lampedusa, à l’extrême sud de l’Italie, où des dizaines de milliers de migrants ont accosté l’année dernière à la recherche d’une vie meilleure ou pour fuir des persécutions.

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