02. August 2012 · Kommentare deaktiviert für B4p Rückblick auf Boats4people im Juli (1) · Kategorien: Nicht zugeordnet · Tags: ,

Nach dem Monastir-Forum ist es Zeit, sich zu vernetzen

(aus dem Italienischen)

Après le Forum de Monasir, il est temps de s’unir

Par Gianluca Solera

Ainsi est venu le temps de parler en public pour se faire connaître. La première session des travaux préparatoires du Forum Social Mondial 2013 est pour Boats4People. A l’Institut Supérieur de Biotechnologie affluent des personnages provenant de luttes diverses, et trouver une place dans l’amphithéâtre est difficile, tandis que le temps passe lentement.

Vous aurez besoin de faire preuve de patience, comme le demande à l’assemblée Mouhīeddīn Cherbīb de la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives, citant le fait que la situation était pire au forum en Inde. Ces journées de travail avaient commencé dans la forteresse d’al-Ribāt, la veille au soir, jeudi 12 juillet, en grande pompe, avec Chico Whitaker, co-fondateur du Forum de Porto Alegre douze ans plus tôt, qui, au nom de tous, exprimait la joie d’être dans la patrie de la nouvelle saison de révolutions et manifestations pour la liberté, le travail et la justice sociale. Cent cinquante organisations impliquées afin de faire fonctionner la machinerie du Forum, ou, comme on dit dans cet environnement, “le processus” ; un espace d’échange et de rencontres pour changer le monde, où agir et faire grandir des propositions; une nouvelle culture politique fondée sur la coopération et le consensus; un défi pour le Forum même, appelé à se renouveler face aux nouveaux mouvements qui se développent en dehors des circuits traditionnels de la gauche. Pour Chico, la Tunisie, en tant que berceau des mouvements arabes pour la liberté et la justice, a la légitimité pour accueillir la prochaine édition du Forum, comme les mouvements indigènes d’Amérique latine furent il y a dix ans les porteurs légitimes du message universel d’un nouveau modèle de développement. Ainsi, tous ceux qui se succédèrent sur scène rendirent hommage aux martyrs de la révolution du 14 Janvier 2011 et à ses partisans tels les avocats Amr as-Safrāwī ou Sharaf ad-Dīn al-Qalīl. Entre les slogans des rues tunisiennes scandés à haute voix et des proclamations dignes de places immenses, Thiat Keurgui, qui s’exprime au nom de Y’en marre, génial mouvement sénégalais qui a su mobiliser les jeunes dans la défense des institutions démocratiques et des droits des citoyens, remplaçant souvent les autorités pour faire face à la dégradation urbaine, dit une chose simple, mais profonde: «Chaque génération a une responsabilité. Nous devons choisir de la prendre ou de l’ignorer. „

Lorsque les mères des migrants perdus en mer ou disparus sur terre montent les escaliers de l’amphithéâtre, transportant des cadres avec des photos de leurs enfants, le public est déconcerté par le mélange de colère, de tristesse et de détermination de ces parents, qui, face à la caméra soulèvent les icônes de leurs proches, en espérant peut-être alimenter une piste supplémentaire pour les retrouver. Face à ces femmes voilées, vêtues des robes longues de leurs terres, les jeunes militants ornés de boucles d’oreilles et bracelets, ou portant les cheveux longs, sont exposés à un exercice de compréhension des différences, ce qui est peut-être l’un des plus grands atouts de ces réunions. Parce que les jeunes Tunisiens qui avaient pris la mer étaient des jeunes comme les autres, qui ont simplement cru pouvoir aspirer à un emploi mieux rémunéré et des conditions de vie meilleures. L’une de ces mères montre à l’assemblée une séquence télévisée de septembre 2010, lors de laquelle elle a reconnu son fils sur le point de débarquer à Lampedusa, c’est pour cela qu’elle sait que son fils n’est pas mort en mer, et donc ses traces doivent être trouvées quelle que soit la vérité derrière son destin. Ils ont rencontré le Président et le Premier ministre tunisien, l’ancien Président du conseil Silvio Berlusconi, mais les enquêtes impliquant au moins trois cent cinquante cas n’ont pas donné les résultats escomptés, bien que le ministre de l’Intérieur italien Annamaria Cancellieri a déclaré le 16 mai dernier, en réponse à une interrogation des députés Livia Turco et Gianclaudio Bressa, que les enquêtes sur les disparus s’étaient terminées (avec seulement la découverte de quatorze enfants). Cette femme a une fermeté sans équivoque, parle en chantant les mots, porte la tunique et le voile blanc d’ivoire et soutient les autres mères, dont les vêtements ont tendance à être noirs, pendant le récit de leurs histoires. Son apparence claire semble vouloir éclairer l’âme de ses compagnes. Nicanor Haon, coordinateur de Boats4People, estime que la vague de migration qui s’est produite en 2011, après les révolutions arabes, a touché entre 22 et 35 000 personnes, principalement des jeunes entre 16 et 25 ans. Mouhīeddīn Cherbīb rappelle de quelle façon Berlusconi lorsqu’il s’est rendu avec de l’argent à Tunis le 29 mars 2011, en se proposant de payer grassement pour rapatrier ces jeunes Tunisiens, a reçu un «non» sec de la part des autorités locales qui refusèrent d’accepter les rapatriements massifs. Dans la cour de l’Institut Supérieur de Biotechnologie est déroulée sur le sol une longue bannière verticale qui mentionne les noms de 16 175 réfugiés et immigrés qui ont trouvé la mort en Europe entre le 1er Janvier 1993 et ​​le 30 mai 2012: espérons tous que les disparus ne viennent pas s’ajouter à ces noms.

Les Africains détenus dans des centres de détention en Libye ne s’en tirent pas mieux. Mesʿoud ar-Ramdhānī, de la Fédération internationale des droits de l’homme, vient de rentrer de Libye, où il a visité entre le 7 et 15 juin différents camps, décrivant la situation des migrants sub-sahariens comme inquiétante: un climat de xénophobie général domine le pays , dans lequel le nombre de noirs africains est estimé entre un million et demi et deux millions et demi; des milices armées gèrent de manière tout à fait arbitraire les camps de détention, où sont détenus les Noirs qui sont capturés au cours de réelles battues, sans faire de distinction entre les immigrants, les réfugiés ou les demandeurs d’asile, accusés de ne pas être en règle avec leurs papiers, d’avoir soutenu Kadhafi ou d’être porteurs d’épidémies, de prostitution et de trafic de drogue; les conditions de vie dans ces camps sont déplorables, la nourriture est horrible et l’utilisation de la violence quotidienne; privés de toute protection juridique, ces Noirs sont devenus une masse de travail négociable à faible coût par les employeurs de la région, et sont l’objet de chantage financier en échange de leur libération, ce qui alimente les réseaux mafieux impliquant les milices armées, les trafiquants et les entrepreneurs sans scrupules. La situation dans le camp de réfugiés situé dans la ville tunisienne de Choucha, à propos de laquelle un garçon du Bangladesh a témoigné, et qui a fait l’objet d’un groupe de travail spécial à l’Institut de Biotechnologie, est également inquiétante.

Deux choses m’apparaissent claires après avoir passé une semaine avec Boats4People et avoir écouté les témoignages directs: les restrictions à l’accès et la criminalisation conséquente de l’immigration clandestine vers l’Europe a exposé les citoyens de l’Afrique subsaharienne et du Nord, qui tentaient de fuir poussés par des motivations différentes, aux appétits de mafias sans scrupules et aux risques de décès le long du trajet; le processus d’externalisation des frontières vers les pays de la côte méditerranéenne africaine grandit, libérant ainsi de plus en plus nos nations européenne de notre responsabilité d’accueil et de gestion des flux migratoires, en confiant le «sale boulot» pour contenir les flux aux pays voisins, où la maltraitance et la violence contre les Noirs migrants sont des événements fréquents et souvent justifiés par la présence de préjugés et de sentiments xénophobes largement répandus. Maintenant, que veulent ces mouvements réunis à Monastir sur la question des disparus et des rejets? Citons ci-dessous quelques-unes des propositions recueillies auprès des organisations présentes qui travaillent avec les migrants et sur les droits de l’homme: mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante pour examiner la question, tandis que les Nations Unies devraient envoyer une mission d’enquête; demande d’appel contre les disparitions à la Cour internationale de Justice de La Haye, et appel à la Cour africaine des droits de l’homme; coopération et échange de pratiques d’action et de connaissances légales entre les associations et les collectifs qui travaillent sur les disparitions dans la région; demande de soutien économique aux familles de disparus ou de victimes en mer. La première chose pourtant que demandent les familles de disparus en mer est la vérité, la seconde est la justice. Quand nous arrivons au port de pêche de Qsība al-Madyounī, d’où souvent sont partis des embarcations en direction du Nord, quelques mères pleurent désespérément, car la mer leur rappelle leurs enfants perdus. C’est une scène sombre, parce que leur cri est solitaire en dépit des dizaines et des dizaines de délégués qui se réunissent pour recevoir la goélette Holopherne, symbole de la campagne Boats4People. Ces femmes sont assises sur la falaise et regardent avec des yeux humides une mer plate et malodorante, envahie par les algues et les souvenirs; des larmes véritables, tandis que l’arrivée de l’Holopherne est une mise en scène, puisque le navire était arrivé trois jours avant (j’étais un des passagers), or la plupart des délégués ne le savent pas, ni ne verront de près l’Holopherne. L’eau peu profonde va l’obliger à s’arrêter environ un kilomètre de la côte, où, malgré la distance, il s’échouera de toute façon. Que les organisateurs aient pu penser à être en mesure de le recevoir dans cet étroit port de boue et de vieux bateaux reste un mystère. Lorsque les passagers, qui pour la majorité n’étaient pas de ceux qui avaient traversé la mer, rejoignent la terre ferme avec les bateaux fournis par les pêcheurs, on entend les cris et les applaudissements. Des lanternes chinoises s’élèvent dans le ciel, et un groupe d’acteurs à demi-nus couverts de couleur blanche atteint l’extrémité de la jetée en créant une brèche entre les participants; tout à coup le groupe fait jaillir de la peinture rouge autour de lui pour simuler l’effusion du sang, mais de fait macle les personnes présentes. Je rencontre ʿAtīqa Belhasen, jeune militante de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, qui rejoint la conversation avec Saïd Salhī, membre du Conseil du Forum Social Mondial au nom de la coordination maghrébine des associations de droits de l’homme. Saïd dit que la vision de l’après-capitalisme n’est pas encore mature, même parmi les organisations du Forum, et ʿAtīqa, qui est jeune, épanouie et adroite, ajoute: «Nous avons besoin de construire des pratiques, briser les tabous idéologiques et l’hypocrisie. Nous devrions éviter les gesticulations et nous concentrer sur l’élaboration d’un sentiment d’appartenance. „. Peut-être fait-elle également allusion aux slogans entendus dans les travaux préparatoires du Forum, et au défilé mal réussi du jour même ; certainement fait-elle allusion aux positions de beaucoup de féministes arabes présentes à Monastir, qui risquent souvent d’être aussi extrêmes que d’autres courants idéologiques. „Avec nos prétentions d’être les seules démocrates, nous étions incapables de communiquer en dehors du cercle de nos partisans, ni de voir ce qui se passait autour de nous, quand l’islam politique s’est imposé“. Ces accents d’autocritique semblent venir plus facilement de la bouche des plus jeunes, et quand l’un des membres du Conseil du Forum, pendant le séminaire du 15 juillet sur les mouvements sociaux et les révoltes, propose un renouvellement profond des charges, personne ne prend son appel. Brooke Lehman, d’Occupy New York, lors de son témoignage dit quelque chose d’important: „Pour la première fois dans notre pays un mouvement de protestation qui dénonce le système sort des cercles de la gauche et entre dans la culture populaire. Pour la première fois, de nombreux citoyens non politisés se radicalisent, et au lieu de se blâmer pour les échecs qu’ils rencontrent, ils culpabilisent le système“. Les nouveaux mouvements de protestation, la jeunesse des révolutions arabes frappent à la porte du Forum Social Mondial, et posent des questions. Pourquoi aucune mention de la Syrie? Où sont les Grecs et les Espagnols? Où sont les Egyptiens et les Yéménites? Et la crise écologique, pourquoi n’en parle-t-on pas? Et je voudrais ajouter: où sont les Israéliens? Seront-ils présents au Forum, ou exclus à cause de leur passeport? Est-ce-que les islamistes seront invités, eux qui représentent le mouvement social le plus structuré et le plus largement répandu dans le monde arabe?

Comme il n’y en avait aucun dans les travaux préparatoires du Forum, le samedi 14 Juillet je pris un louage pour aller à Tunis à écouter l’intervention des cheiks Rachīd al-Ghannoushī et Abdelfattah Mourū lors du premier congrès public de leur parti An-Nahdha („Renaissance“ ). Entre les hôtesses portant le voile bleu et le costume sombre et des centaines de membres, bien que n’aient pris la parole que des hommes et que l’occasion au public de poser des questions n’ait pas été donnée, il a été question du mouvement islamique et des processus de changement ; j’ai collecté précieusement certains messages forts: nous sommes un mouvement citoyen modéré, le changement généré par la révolution tunisienne doit avancer par étapes, nous voulons un Etat citoyen dans lequel les différentes communautés religieuses et ethniques trouvent leur place, et où les relations s’établissent entre êtres humains. Un représentant des Frères Musulmans jordaniens prendra la parole plus tard pour dire: „Tout est islam, mais dedans il n’y a pas d’islam“, ce qui signifie que l’islam doit garantir l’expression de tous et non pas aspirer à la domination. Kamāl Lahbīb, du Forum des alternatives du Maroc et l’un des membres éminents de l’organisation du Forum social, m’expliquera le lendemain qu’il s’oppose à l’exclusion de l’islam politique, et que leur participation doit être possible à condition qu’ils partagent les principes fondateurs du Forum, ne remettent pas en cause la démocratie et protègent les libertés collectives et individuelles. Kamāl voit le Forum comme un processus qui doit investir principalement les pays qui sont mûrs pour un changement démocratique: c’est pourquoi, dans la région arabe, le Forum visait avant tout ​​la Tunisie, l’Egypte et l’Irak, dans le but de renforcer une société civile indépendante. Malgré les défections, en particulier les Egyptiens, ou le manque de représentation de certains pays, en particulier la Syrie et la Libye, le bilan des travaux préparatoires du Forum doit être mesuré sur la base des nombreux contacts et de la coordination nés entre les différents acteurs . L’organisation d’un Forum mondial en Tunisie est une entreprise courageuse, sans précédent, dont les coûts pour la participation d’au moins 20 000 personnes sont estimés à environ 1 M €

Pour ceux qui luttent pour les droits des migrants, ces travaux préparatoires, en dépit des difficultés logistiques et de certaines gesticulations, représentaient une bonne plateforme pour établir des relations et trouver des alliés, mais le défi est grand, et c’est le défi de toute la machinerie du Forum Social Mondial : comment être ouvert à des gens ordinaires ; comment atteindre ceux qui ne sont pas politisés et les inviter à créer des alliances utiles pour aider la cause des migrants; comment croiser les luttes des différents mouvements afin que la migration soit vue dans l’optique d’une crise globale du système et que les mouvements qui s’occupent de société, d’économie, d’environnement, de culture ou de politique prennent en compte l’impact négatif que certaines politiques ont sur ​​les causes des flux migratoires. L’un des militants les plus acclamés à Monastir est le noir sénégalais Thiat Keurgui, barbe et chapeau. Au lieu d’émigrer, Thiat a préféré se mobiliser et contribuer avec Y’en a marre à faire de ses compatriotes des citoyens actifs qui dénoncent les abus et les violations, et prennent l’initiative quand l’Etat est absent. Il est peut-être le meilleur exemple de réussite pour les mouvements sociaux qui œuvrent dans des contextes de la transition démocratique. Boats4People et le Forum Social Mondial ont besoin de personnes comme lui pour s’organiser en réseau.

18 juillet 2012

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