10. April 2013 · Kommentare deaktiviert für Serbien: Eritreerin berichtet über Flüchtlingsunterstützung · Kategorien: andere Länder

Confession d’une demandeuse d’asile : La Serbie a sauvé ma vie !
par N.M. Nedeljković (Večernje Novosti). Trad. D. Grcic

La réfugiée érythréenne Zahra a entamé un périple incroyable jusqu’en Europe de l’Ouest. Elle s’est fait de nouveaux amis à Belgrade, qui lui ont redonné espoir. Avec un groupe d’Afghans, elle a rejoint l’Union européenne.

Les plus beaux jours de ce voyage pénible se sont passés en Serbie. Mais de cela, elle ne peut se permettre d’en parler à personne. Elle ne peut pas même témoigner sous son vrai nom. Il y a trois ans de cela, elle n’avait rien. Aujourd’hui, elle a un emploi, et un époux. Elle a obtenu l’asile dans un pays de l’Union européenne, mais elle a toujours peur que la police ne l’expulse vers la Serbie, si on apprenait qu’elle est passée par le territoire de Serbie.

La belle et jeune Zahra a fui l’Érythrée et s’est retrouvée, du jour au lendemain, seule au monde. Sans connaissance de la langue, coupée de sa famille, incapable de travailler pour vivre… Pourtant, elle a trouvé la force d’aller de l’avant grâce à quelques personnes ordinaires et bonnes.

L’histoire de cette sympathique jeune femme commence en 2008. Elle a ouvert son âme à notre journal Novosti, pour les amis qui ont permis ce séjour en Serbie. Elle désire de cette manière les remercier, eux ainsi que la Serbie, pour la chaleur qu’elle a reçue lorsque son club de sport érythréen a eu la possibilité de venir dans notre pays. C’était son billet pour la riche Europe occidentale, le paradis sur terre, comme elle se l’imaginait à l’époque.

Merci et pardonnez-moi!

Pendant plusieurs mois, après le départ de Zahra de Serbie, les gens ont tenté de retrouver sa trace. Ils craignaient pour sa vie, mais Zahra, qui est parvenue à sa destination en toute sécurité, durant plusieurs mois n’a pu se permettre de parler à quiconque. La procédure de demande d’asile étant en voie de finir, elle remercie ses amis serbes et leur dit: Je suis vivante! Merci à vous et pardonnez-moi!

– J’avais 19 ans, quand j’ai voyagé avec mon équipe en Serbie. Même à l’époque, je savais que je ne reviendrais plus à la maison, mais je n’en ai pas parlé à mes parents, commence Zahra.

– Dès que la match a été fini, j’ai demandé l’asile. J’étais intimidée à l’idée de ce qui allait arriver. On m’a placée dans le centre pour demandeurs d’asile de Banja Koviljača. Là-bas, je n’avais pas faim, j’avais les conditions de vie de base, mais j’étais seule et j’avais peur. Autour de moi, il y avait surtout des hommes, seuls ou avec leurs familles. J’ai pu communiquer avec ma famille et brièvement, quand je pouvais épargner un peu d’argent. Je ne connaissais pas la langue serbe, personne ne faisait attention à moi. J’étais seule au monde.

Quand les gens du Centre pour l’aide et la protection des demandeurs d’asile sont venus à Banja Koviljača, Zahra était dans un mauvais état psychologique. Dépressive et sous traitement, sans plus aucun but dans la vie. L’Europe occidentale lui semblait être devenue une mission impossible, et sa vie en Serbie, insensée.

– Quelques jeunes gens nous ont promis de nous apporter une assistance juridique. Au début, j’ai hésité à leur faire confiance – mais ils ont insisté. J’étais importante, pour eux. Ils m’ont mise en garde contre le trafic d’êtres humains, ils m’ont conseillé de ne pas gober les propositions de passage „sûr“ de la frontière. Ils m’ont dit que parce que j’étais noire, je finirais comme une esclave, que l’on peut être tué, si on dérange les passeurs pendant la traversée de la frontière.

Et en même temps ils ont essayé de me donner une deuxième chance dans la vie – nous dit Zahra. Ils ont organisé pour moi des cours hebdomadaires de langue serbe à Belgrade. On a commencé à bien se connaître. Ils m’ont emmenée en ville, on s’est assis dans un café, ils m’ont présentée à leurs amis… Ils venaient au moins deux fois par semaine à Banja Koviljača.

Bientôt, Zahra a retrouvé le sourire sur son visage. Elle était mentalement plus forte et plus indépendante, après une année et demie en Serbie. Ensuite, dit-elle, elle s’est rendue compte que ses chances pour une vie meilleure, un emploi, un asile permanent étaient faibles… J’ai alors décidé de reprendre mon «voyage».

Je devais m’en aller, mais je n’ai pas osé en parler à mes amis. J’ai eu peur qu’ils ne soient capables de me convaincre – raconte Zahra. – Ils sont venus à Banja un jour, alors que je m’apprêtais à partir vers Subotica, avec un groupe d’Afghans, dans la nuit. On s’est assis et ils se sont inquiétés car j’étais taciturne, craignant les regards dans le café, comme d’habitude ils étaient inquiets pour moi. J’ai raconté que j’avais mal à la tête, c’était dur de mentir et de les trahir.

Je suis partie cette nuit-là. Je savais combien ma route pourrait s’avérer dangereuse. J’étais une femme seule et je ne connaissais pas leur langue. Mais je n’avais pas le choix. D’abord, nous avons tenté de traverser la frontière en courant à travers d’un champs. Nous n’y sommes pas parvenus. Ensuite, nous avons essayé de passer en train, avec celui qui va à Budapest. Quand on est arrivés à la frontière hongroise, tous les membres du groupe ont fui. C’était un véritable chaos, et je suis restée pétrifiée par la peur. C’est ce qui m’a sauvée, car les policiers ont commencé à courir après les Afghans, et ils n’ont pas fait attention à moi.

Son voyage, qui a débuté il y a bien longtemps, touche à sa fin. Zahra attend l’obtention d’un passeport, dans un pays d’Europe. Pendant ce temps, elle suit des cours à l’école, elle a trouvé un emploi, elle s’est mariée. Dès qu’elle aura reçu son passeport, elle pensera à Belgrade. A Belgrade, où l’attendent ses amis.

Source: N. M. Nedeljković, Ispovest azilantikinje: Srbija mi spasla život, Večernje Novosti, 21 novembre 2012. Traduction libre: Dragan Grcic.

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