17. Juni 2013 · Kommentare deaktiviert für Algerien: Zur staatlichen und sozialen Ächtung unverheirateter Mütter und unehelich geborener Kinder · Kategorien: Algerien · Tags: ,

El Watan, 17.06.2013

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L’inhumaine marche des mères célibataires…

Soumises à la loi de l’omerta et honnies par une société
qui voit en elles la malédiction, les mères célibataires
vivent l’enfer. Elles viennent de toutes les wilayas du pays
et sont, pour la plupart, issues de milieux défavorisés. Cela
ne veut pas dire pour autant que les plus instruites et les plus
riches soient épargnées. Plus chanceuses, celles-ci ont juste
les moyens de se «débarrasser» en douceur d’une grossesse
«illégitime» et «illégale», aux conséquences humaines, so-
ciales et pénales dramatiques.
Le refus d’admettre cette cruelle réalité sociale
rend  celle-ci  de  plus  en  plus  inquiétante  et
aggrave la situation, non seulement des mères,
mais également des enfants désormais privés d’une
famille et surtout d’un nom. Pour les spécialistes,  les
causes de ce phénomène sont liées à la pauvreté, au
recul de la moyenne d’âge du mariage (28 ans pour
les filles et 33 ans pour les garçons), mais aussi au
chômage et à la crise du logement qui bloquent toute
perspective pour les jeunes de fonder un foyer. Tabou
sur le plan social et péché sur le plan religieux, la
grossesse «illégitime» est rarement évoquée, et parce
qu’elles  ont  «transgressé»  l’interdiction  imposée
aux  relations  hors  mariage,  les  mères  célibataires
sont  bannies,  voire  reniées,  par  la  société,  même
si  elles  figurent  dans  les  registres  des  hôpitaux  et
les  statistiques  de  la  direction  de  l’action  sociale
(dépendant  du  ministère  de  la  Solidarité  nationale
et  de  la  Famille),  à  travers  l’abandon  de  l’enfant
qu’elle  signe,  souvent  la  mort  dans  l’âme.  Fuyant
leur famille, elles traversent des centaines de kilo-
mètres pour accoucher anonymement dans des éta-
blissements  hospitaliers,  où  elles  sont  considérées
par le personnel médical comme des «cas sociaux».
Leur sort n’intéresse ni les structures de l’Etat ni les
services sociaux. Pourtant, elles sont de plus en plus
nombreuses dans une société où il est plus facile de
faire porter le fardeau à une femme, la mère, qu’à un
homme, le géniteur. Pointées du doigt, souvent jetées
à la vindicte, nombre d’entre elles préfèrent écourter
leur  souffrance,  en  passant  par  un  avortement,  un
acte  illégal  réprimé  par  le  code  pénal  et  passible
d’une peine de prison. Au-delà du risque pénal qu’il
entraîne, l’avortement est, dans la majorité des cas,
clandestinement  pratiqué  par  des  médecins,  sages-
femmes ou infirmiers, généralement non qualifiés.
DES SÉANCES DE TORTURE POUR
SE SOULAGER D’UNE GROSSESSE
Les moins démunies des mères célibataires utilisent
le  système  «D»,  appris  de  bouche  à  oreille.  Les
techniques  vont  de  l’ingestion  orale  de  produits
chimiques et de plantes médicinales jusqu’à l’intro-
duction de substances dangereuses dans le col utérin,
telles que le mercure, des morceaux de verre ou de
bâtonnets enduits de mélange d’herbes ou d’excré-
ments de vache, en passant par l’introduction d’un
cintre dans le vagin ou par le piétinement quotidien
du ventre. En bref, de véritables séances de torture
pour se «soulager» d’une grossesse, source de tous
leurs malheurs. Les mères célibataires qui décident
d’assumer  leur  situation  subissent  une  double  dis-
crimination : celle d’un individu ayant violé les lois
divines  en  enfantant  hors  mariage  et  celle  d’une
maman désirant élever seule son enfant, en dehors
de la reconnaissance paternelle. Les plus chanceuses
d’entre elles atterrissent dans des centres d’accueil
à  la  recherche  d’un  gîte  et  d’une  prise  en  charge
sanitaire  loin  des  regards  culpabilisateurs  de  la
société. Ces dernières années, leur nombre n’a cessé
d’augmenter. Selon les statistiques du ministère de
la  Solidarité,  209  mères  célibataires  ont  été  prises
en charge dans les structures de l’Etat  jusqu’à leur
accouchement, entre  2011 et 2013 (78 femmes en

2011, 99 en 2012 et 32 autres en 2013), parmi les-
quelles 59 ont été réinsérées dans leur famille.  Des
chiffres  qui  sont  loin  de  représenter  la  réalité.  En
effet, si l’on prend en compte le nombre d’enfants
abandonnés,  on  constate  qu’il  y  a  une  catégorie
assez importante de mères célibataires n’ayant pas
transité par les centres d’accueil. Ainsi, de 2010 à
2012, les structures du ministère de la Solidarité ont
accueilli 6781 enfants, dont 1431 ont été repris par
leur mère biologique, 4278 placés en kafala en Algé-
rie et 1290 autres à l’étranger. En dix ans, le nombre
de naissances hors mariage n’a cessé d’augmenter.
En 2001, le rapport du Comité national de la santé
a fait état de 5000 enfants extra-conjugaux enregis-
trés, alors qu’en 2007, le ministère de la Solidarité
a avancé le nombre de 7000 naissances illégitimes
enregistrées annuellement. Des enfants, taxés «léga-
lement» d’«illégitimes» toute leur vie, en vertu de
l’article 40 du code de la famille.   Salima Tlemçani

L’AVORTEMENT DANS LE CODE PÉNAL
Considéré comme un crime passible
d’une peine de prison de 1 à 5 ans et
d’une amende de 500 à 10 000 DA et
de 10 à 20 ans de prison, si mort
s’ensuit, l’avortement, ou
interruption volontaire de grossesse,
est interdit en vertu des articles 304
à 307 et 309 à 313 du code pénal.
Seul l’avortement thérapeutique est
toutefois admis si la grossesse met
en danger la vie de la mère et son
équilibre physiologique et mental,
comme le stipulent les articles 308
du code pénal, mais aussi l’article 72
de la loi n° 85–05 relative à la
protection et à la promotion de la
santé. En cas de viol, l’interruption
d’une grossesse n’est autorisée que
s’il s’agit d’un viol commis dans le
cadre d’un acte terroriste et
enregistré sur-le-champ. La sévérité
des sanctions pénales de
l’avortement est l’une des raisons
qui poussent chaque année des
centaines de femmes à confier leur
vie à des «avorteurs improvisés» ou
à des médecins.

74% DES MÈRES CÉLIBATAIRES SONT
SANS EMPLOI
En 2006, une enquête sur les enfants
abandonnés et les mères célibataires
a levé le voile pour la première fois
sur la triste réalité. Réalisée en 2006
(au profit de l’Unicef), cette enquête a
concerné 873 mères célibataires
interrogées à travers 14 wilayas du
pays. Les résultats ont montré que,
globalement, ces femmes sont issues
de familles défavorisées (mère
analphabète ou d’un niveau
d’instruction  primaire et le père
ouvrier, agriculteur, manœuvre, etc.).
Elles sont dans leur majorité issues
de milieux dont les conditions de vie
sont les plus précaires et de ce fait
lourdement exposées à la
vulnérabilité. Cela n’exclut pas
l’existence de quelques exceptions,
où la mère ou le père de ces femmes
soit un cadre supérieur au chômage.
Le taux le plus élevé des mères
célibataires se situe dans la tranche
d’âge 21-25 ans, avec 23,6% des cas,
suivie de celle des 26-30 ans, avec
21,31% des cas. La moitié de ces
mères ont un niveau d’instruction
primaire (30,8 %) et moyen (29,1%),
qui leur permet d’être informées ou
de s’informer, l’autre moitié est ou
analphabète ou quasiment illettrée.
L’enquête a montré, en outre, que
74% des ces mères célibataires sont
sans emploi. Parmi celles-ci
malheureusement, 47,4% exercent le
commerce du sexe pour survivre ou
faire vivre leur famille. Aux 74% des
sans-emploi, il faut ajouter les 9,7%
de mères célibataires qui déclarent
avoir un travail très précaire et sur les
25% des mères travaillent, 7,7%
seulement ont un emploi permanent.
Concernant les conditions de vie de
ces femmes, l’enquête montre que
60% des mères interrogées étaient
décemment logées avant la
grossesse, parmi lesquelles 30%
habitaient dans un immeuble ou une
villa, 31% une résidence individuelle
de type urbain, 24% sont en situation
d’extrême précarité, parmi lesquelles
la moitié, soit 12%, sont des SDF.
L’autre particularité qui a retenu
l’attention des enquêteurs est cet
échantillon de 13,6% des mères
célibataires qui sont elles-mêmes
nées d’une relation extra-conjugale
et qui n’ont aucune information sur
leur géniteur.         S. T.

Avec son corps frêle, sa longue chevelure et son visage enfantin, Nora donne
l’impression d’entamer son adolescence. Pourtant, elle a dépassé les 21 ans et elle est
mère célibataire d’une fillette de 5 ans. Son histoire est un cauchemar sans fin. Elle la
raconte, la gorge nouée. Elle n’avait pas encore bouclé ses 16 ans lorsqu’elle a été
abordée par un jeune homme dans une des ruelles désertes qu’elle traverse tous les
jours pour rejoindre son lycée. Brusquement, il l’entraîne vers un buisson pour lui
faire subir les pires horreurs. Avant de la relâcher, il lui lance : «Si tu parles je te tue !»
Nora ne sait même pas ce qui lui est arrivé. Elle rentre chez elle et n’ose même pas en
parler à sa mère. Brisée, elle ne parle plus. De l’excellente collégienne toujours
première en classe, elle sombre dans l’isolement et les absences répétitives. Sa mère
ne comprend plus son changement radical. Les discussions qu’elle tente avec elle
n’aboutissent à rien. Elle l’emmène chez un psychologue qui ne décèle rien. Nora s’est
murée dans un silence de marbre. Les résultats scolaires sont de plus en plus
catastrophiques et ni ses enseignants ni sa mère n’ont pu comprendre ce brusque
changement. Mais quelques semaines plus tard, le ventre de Nora s’arrondit. Une
visite chez un médecin et le mystère est percé. La mère entre dans une colère
indescriptible. Elle se jette sur Nora à coup de gifles, pour connaître le
nom du père. Nora ne pouvait pas donner de réponse, parce qu’elle ne le
connaissait pas. Sa mère dépose plainte auprès de la police et après
enquête, l’auteur du viol est identifié. Sa famille refuse toute idée de
mariage entre Nora et son violeur.  L’auteur écope de trois années de
prison. Nora se retrouve enfermée et isolée du monde par sa mère. Le jour
de l’accouchement, celle-ci fait appel à une sage-femme. Pour elle, il n’est
pas question que Nora prenne le risque d’aller à l’hôpital.  C’était une
délivrance aussi bien pour l’adolescente que pour sa maman. Nora ne veut
même pas regarder la belle petite fille. Elle refuse  de l’allaiter et c’est sa mère
qui prend soin d’elle. Cinq années plus tard, Nora n’est toujours pas autorisée à
quitter la prison dans laquelle sa mère l’a enfermée et n’a n’aucune affection pour
sa fille. Pis, pour elle, l’enfant incarne «le déshonneur et la honte» qu’elle a fait
subir à sa famille. Elle ne veut même pas parler de son devenir. C’est sa mère qui
s’en charge. «Je ne sais même pas quel avenir aura ma petite fille, comment va-t-elle
vivre dans une société où le patronyme fait office de certificat d’existence», dit-elle.
Chevelure noire et les traits très fins, Dalila vient de
boucler sa 21e  année. Elle est mère d’une fille de 5 mois.
Rejetée dès son jeune âge par sa famille adoptive, elle
passe son adolescence dans un centre pour mineures
et, dès sa majorité, elle débarque sur Alger, où une
famille lui propose des travaux ménagers en
contrepartie d’un salaire. Dalila saute sur l’occasion,
d’autant que ce travail lui assure le gîte. Elle est comme
une prisonnière. Son seul contact avec l’extérieur est le
chauffeur qui accompagne la dame chez laquelle elle
travaille, ainsi que ses enfants. Epris par la beauté de
Dalila, le jeune homme profite de l’absence de la famille
pour se rapprocher d’elle. La relation s’intensifie et
Dalila se retrouve enceinte. Elle a très peur. Son ventre
n’est cependant pas assez gros pour être visible. Mais
elle finit par quitter la maison en direction d’un centre
d’accueil pour mères célibataires, à Tipasa. Là-bas, elle
fera une terrible expérience. Lorsque le jour «J» arrive,
elle est évacuée vers l’hôpital pour accoucher. Seule
dans la pièce, elle entend toutes sortes d’insultes
proférées par des infirmières et des sages-femmes.
«Elles me demandaient de monter seule sur la table
alors que je ne sentais plus mes jambes. Je criais de
douleur et elles me disaient des méchancetés. J’ai failli
m’évanouir en faisant l’effort de me mettre sur la table.
L’accouchement a tardé, je n’en pouvais plus. Les
sages-femmes sont parties en me laissant seule avec
mes douleurs. Difficilement, je me suis levée et j’ai été
aux toilettes. La poche des eaux a éclaté, et le bébé a
commencé à sortir. J’ai paniqué. Je criais, mais
personne ne répondait. Je me suis assise par terre, j’ai
senti la tête de mon bébé entre mes mains. Je l’ai attrapé
puis tiré vers moi. C’était une petite-fille que j’ai serrée
contre ma poitrine, en appelant haut et fort l’infirmière.
J’étais toute ensanglantée. Lorsqu’elles sont arrivées,
ma fille était presque bleue à cause du froid. Elles m’ont
mise sur une chaise roulante et ont coupé, dans les
toilettes, le cordon ombilical. Elles m’ont emmenée
vers ma chambre. L’assistante sociale ne cessait de
me mettre en garde contre la garde de ma fille. Elle
voulait à tout prix me faire signer un acte d’abandon.
J’ai refusé. Je lui ai dit que son père était prêt à
m’épouser. Mais elle insistait. Elle a fini par me dire
„si tu inscris ta fille à ton nom, tu ne pourras plus
retourner au centre. Elle sera enregistrée sous x“.
J’ai eu très peur. J’ai fait ce qu’elle m’a demandé.
Il a fallu recourir au juge des mineurs pour
récupérer ma fille et, maintenant, je suis obligée
d’entamer une procédure en justice pour la déclarer sous
mon nom…»
S. T.

Yasmine (nous l’appellerons ainsi pour préserver
sa sécurité) a perdu toute trace de jovialité. Le
regard  hagard,  le  teint  blafard,  les  yeux  tout
le  temps  baissés,  la  bouche  entrouverte,  elle  donne
l’image  d’une  personne  totalement  détruite.  Nous
menions  notre  enquête  sur  les  mères  célibataires
au  centre  d’accueil  SOS  femmes  en  détresse,  à
Alger,  lorsqu’elle  a  été  ramenée  par  sa  mère,
accompagnée  d’une  psychologue  et  une  juriste  du
réseau  NADA.  Son  cas  mérite  qu’on  s’y  attarde,
parce qu’il lève le voile sur le comportement hideux
de notre société sur les victimes de viol. Jugeons-en.
En dépit de son corps tout frêle, Yasmine porte dans
ses entrailles un bébé de 8 mois. Ses deux accompa-
gnatrices  du  réseau  NADA  présentent  son  dossier,
composé d’un certificat médical confirmant sa gros-
sesse, ainsi qu’une longue lettre adressée au ministre
de la Justice. L’objet de cette correspondance est cho-
quant. Le réseau demande au garde des Sceaux d’ai-
der Yasmine  à  obtenir  «rapidement  une  réquisition
pour qu’elle puisse subir une césarienne et préserver
sa virginité». La santé de Yasmine et la recherche de
son violeur ne font pas partie des préoccupations du
réseau, qui cite une recommandation des médecins,
non jointe au dossier. Même réaction observée chez
la  maman.  «On  m’a  dit  qu’elle  pouvait  accoucher
par césarienne. Je suis venue pour que vous m’aidiez.
Elle doit quitter son quartier. Si les voisins découvrent
son  état,  ça  sera  catastrophique  pour  ma  famille.
Dieu  l’a  préservée  jusque-là,  puisque  son  ventre
n’a  pas  grossi…»,  déclare  la  maman.  La  directrice
du centre lui répond : «C’est une décision qui relève
des  médecins.  Le  plus  important  maintenant  est  de
soigner votre fille. Elle est trop fragile et trop marquée
pour penser à une telle opération. Pensez plutôt aux
auteurs  de  son  viol  qu’il  faudra  retrouver…»  Des
propos qui font réagir la psychologue. «Je ne pense
pas que Yasmine puisse subir une telle opération. Les
médecins s’y refusent, vu sa fragilité», dit-elle, avant
d’être interrompue par la maman de Yasmine. «Mon
Dieu. J’aurais dû te tuer le jour où j’ai découvert ta
grossesse. Comment vais-je faire ? Que vont dire les
voisins ?»,  lance-t-elle au visage de Yasmine, qui suit
la discussion tout en étant ailleurs.
Effrayée,  elle  baisse  la  tête  et  serre  ses  mains.  Ses
yeux rouges laissent couler un flot de larmes. «Votre
fille n’est pas responsable de son état. Elle est victime
et  vous  devriez  la  soutenir,  l’aider  pour  qu’elle  se
reconstruise. Vous ne voyez pas qu’elle est détruite,
qu’elle n’a  plus  son  visage  d’enfant  ?»,  réplique la
directrice du centre. La maman se ressaisit. Elle tente
d’expliquer  sa  réaction  par  le  fait  qu’elle  habite  un
bidonville et que sa maison est tout le temps pleine de
voisins, qu’elle travaille pour nourrir les trois enfants
en bas âge de son deuxième mari, un consommateur
de drogue au chômage qui, de surcroît, s’est remarié
avec une de ses voisines.
Yasmine  est  toujours  murée  dans  un  silence  de
marbre. C’est sa mère qui répond à toutes les ques-
tions qui lui sont posées. Sur les circonstances de ce
viol, elle raconte : «Ce jour-là je n’étais pas à la mai-
son. Ma grossesse était presque à terme, je suis partie
à  l’hôpital  en  laissant  Yasmine  comme  d’habitude
avec mes deux autres enfants. Lorsque je suis rentrée,
j’ai  trouvé  les  lieux  sens  dessus-dessous.  Elle  m’a
raconté  que  deux  hommes  encagoulés  sont  rentrés.
Ils l’ont paralysée avec une bombe de gaz et quand
elle  s’est  réveillée,  elle  était  toute  nue.  Elle  n’avait
aucune trace de violence, ni sang ou liquide sur ses
jambes.  Cinq  mois  plus  tard,  son  comportement  a
totalement changé. Elle ne mangeait plus, ne parlait
pas et ne faisait que dormir. Lorsque je l’ai emmenée
chez le médecin, il m’a dit qu’elle était enceinte. Elle
n’avait pas encore treize ans. J’ai été à la brigade de
gendarmerie de Dar El Beïda, mais comme le méde-
cin légiste n’a pas constaté de violences, le dossier a
été clos.» Une version que Yasmine a apprise à cœur.
Mais il y a trop de zones d’ombre et de contradictions
qui  laissent  croire  qu’il  y  a  un
secret quelque part.
La première démarche entreprise
par  la  directrice  du  centre  a  été
d’informer la brigade des mineurs
de  Bab  Ezzouar,  accompagnée  de
Yasmine  et  de  sa  mère.  Une  rude
épreuve  avec  la  série  de  questions
posées  de  manière  brutale,  avant  que  le
responsable ne se déclare incompétent : «Ce
sont  les  gendarmes  qui  ont  commencé  à
traiter le dossier. C’est à eux de poursuivre
l’affaire.» Yasmine rentre au centre pour
se reposer, en attendant une deuxième
journée de torture.
La brigade des mineurs se trouve
à Bouzaréah. Encore une fois et
après  un  long  questionnaire,
les gendarmes informent la
directrice  et  la  mère  de
Yasmine  qu’il  faut  une
réquisition du procureur.
La  troisième  journée,
c’est  enfin  le  parquet
de  Hussein  Dey  qui
prend   le   dossier   en
main  et  charge  la  juge
des  mineurs  de  suivre
l’affaire. Enfin, c’est la san-
té de Yasmine qui est prise en
compte.  Sur  réquisition,  elle  a  été
placée dans un hôpital, afin de subir
les bilans et les soins nécessaires, en
attendant  que  les  circonstances  du  viol
soient élucidées. Le cas de Yasmine est révéla-
teur de l’absence et de l’inertie des institutions
de l’Etat en matière de prise en charge des vic-
times de violences, notamment quand il s’agit
de viol sur mineures.                  Salima Tlemçani

 

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